Trucs pour gérer la liquidité de votre PME

Lorsque j’ai publié cet article sur les ratios financiers, j’étais loin de me douter que je recevrais autant de questions concernant la gestion de la liquidité (ou trésorerie) d’une PME. En effet, Il semblerait que ce soit l’un des sujets de préoccupations d’entrepreneurs en démarrage ou fraîchement démarrés. Voici donc un court article pour vous expliquer comment établir votre budget mensuel de trésorerie.

Le contenu du budget de gestion de la liquidité

Il est important de vous doter des outils pour gérer vos liquidités. Le budget des flux de trésorerie constitue votre principal allié pour vous assurer que vous avez assez de liquidité pour payer toutes vos obligations courantes. Avez-vous MS Excel, Google Docs ou Numbers? Vous avez le coffre à outils nécessaire pour y arriver.

Une fois votre classeur favori ouvert, vous êtes prêts à commencer. Un bon budget de trésorerie doit présenter ce qui se passe dans le compte bancaire de votre entreprise, mois après mois.

Il est important de retenir ceci: une encaisse positive ou négative ne signifie pas nécessairement que votre entreprise réalise des profits ou des pertes. Effectivement, il est possible que votre encaisse soit négative, car une grande partie des ventes ne sont pas encaissées au cours du mois.

Premièrement, voyons l’argent qui entre:

  • L’encaisse au début;
  • Les ventes encaissées (argent comptant, montants reçus provenant des cartes de crédit ou des clients payant en plus de 30 jours);
  • L’injection de fonds supplémentaire, comme un nouveau prêt, l’argent supplémentaire que vous injectez dans votre entreprise sous forme d’actions ou d’avances du propriétaire, par exemple.

Doit-on inscrire TOUTES les ventes?

Non, vous ne mettez que les ventes ENCAISSÉES, donc payées. Tous les montants qui seront payés ou remboursés le mois prochain ne doivent pas y figurer.

Voyons maintenant les sorties d’argent:

  • L’achat de marchandises pour la revente;
  • Les salaires;
  • Les charges salariales;
  • Les frais de télécommunications (téléphone, internet, cellulaires);
  • Le loyer;
  • Honoraires professionnels;
  • Etc.

À ceci s’ajoutent les mensualités de remboursement des dettes de votre entreprise, comme une hypothèque ou un emprunt pour un équipement, à titre d’exemple.

Ensuite, soustrayez les dépenses du montant des revenus. Vous obtiendrez votre encaisse avant d’utiliser votre marge de crédit, si vous en avez une. Si vous êtes dans le négatif plusieurs mois consécutif, il faudra revoir votre budget. Quelque chose ne va pas.

Exemple d’un budget mensuel de trésorerie

Afin d’illustrer mon propos, voyons un exemple fictif. Appelons-le Botanique Plus Montréal. Il s’agit d’un commerce au détail vendant des plantes d’intérieur. Voici son budget de trésorerie pour le mois de septembre 2016:

Encaisse au début (encaisse à la fin du mois précédent):  100,00$

Ventes
Au comptant:      200,00$
Cartes de crédits encaissées:      2 000,00$
Injection du propriétaire:     0,00$
Emprunt bancaire:                       0,00$
TOTAL:      2 200,00$

Dépenses
Achat de plantes:   200,00$
Achat d’engrais: 75,00$
Salaires:  1 000,00$
Charges sociales (18%): 180,00$
Loyer:  700,00$
Électricité: 150,00$
Télécommunications: 150,00$
Assurances:       200,00$
TOTAL:   2 655,00$

L’encaisse avant la marge de crédit se calcule ainsi: encaisse au début + ventes – dépenses:

Encaisse avant la marge de crédit:   – 355,00$
Marge de crédit:  355,00$  (dans certains cas, on impute une marge de crédit de 5 000$)
Encaisse à la fin:  0,00$

Analyse de la gestion des liquidités

Truc #1: faites-vous payer au comptant 

Dans cet exemple, l’entreprise génère une encaisse négative. Il ne s’agit pas nécessairement d’un déficit: il est possible que des clients paient seulement le mois suivant. En conséquence, ces ventes n’apparaissent pas dans le flux de trésorerie de septembre. Le problème dans ce cas serait la politique de crédit de l’entreprise.

En effet, la politique de crédit de Botanique Plus Montréal (cas fictif, rappelons-le), doit être revue pour raccourcir le délai de paiement des clients. Supposons que ce montant est de 1 000$. Voici l’impact si on impute ce montant à un paiement au comptant:

Encaisse au début (encaisse à la fin du mois précédent):  100,00$

Ventes
Au comptant:      1 200,00$
Cartes de crédits encaissées:      2 000,00$
Injection du propriétaire:     0,00$
Emprunt bancaire:                       0,00$
TOTAL:      3 200,00$

Dépenses
Achat de plantes:   200,00$
Achat d’engrais: 75,00$
Salaires:   1 000,00$
Charges sociales (18%): 180,00$
Loyer:  700,00$
Électricité: 150,00$
Télécommunications: 150,00$
Assurances:    200,00$
TOTAL:   2 655,00$

Encaisse avant la marge de crédit:   645,00$
Marge de crédit:  0,00$
Encaisse à la fin:  645,00$

Ainsi, l’entreprise n’a pas besoin de piger dans sa marge de crédit, et elle a généré une encaisse positive. Ceci lui permet d’avoir un coussin pour le mois suivant.

Truc #2: révisez votre politique de prix

Vendez-vous vos produits suffisamment cher? J’ai souvent eu des discussions avec des entrepreneurs sur le sujet. Certains ont tellement peur de faire fuir leurs clients qu’ils essaient de garder les prix les plus bas possibles. Dans plusieurs cas, la concurrence est tellement vive qu’ils n’ont pas le choix. Mais est-ce toujours la bonne solution?

Au contraire, dans bien des cas, l’évaluation que font les nouveaux entrepreneurs de la sensibilité des clients au prix payé est erronée. Il ne vous sert à rien de pratiquement donner vos produits ou vos services.

De plus, j’ajouterais qu’il est souvent intéressant de poser des questions à vos consommateurs: seraient-ils prêts à payer plus? Sous quelles conditions? En conséquence, il est possible de mettre en place une stratégie de mise en marché qui viserait à distinguer vos produits des autres, ou à explorer de nouveaux marchés, comme les marchés de niche.

Truc #3: faites-vous financer par vos fournisseurs

Parfois, les entreprises peuvent bénéficier d’une période de 30 jours sans intérêt ou plus pour payer leurs fournisseurs. De fait, certains accordent même un pourcentage de remise si leurs clients paient avant 10 jours. Il s’agit là d’une forme de financement intéressante pour une PME! Interrogez vous fournisseurs, votre entreprise est possiblement admissible.

Voyons l’exemple à nouveau. Botanique Plus Montréal (exemple fictif) n’a pas de réduction pour  un paiement des plantes en 10 jours avec son fournisseur de plantes. Par contre,  celui d’engrais lui accorde une remise de 10%:

Encaisse au début (encaisse à la fin du mois précédent):  100,00$

Ventes
Au comptant:      1 200,00$
Cartes de crédits encaissées:      2 000,00$
Injection du propriétaire:     0,00$
Emprunt bancaire:                       0,00$
TOTAL:      3 200,00$

Dépenses
Achat de plantes:   0,00$ (repoussée au mois suivant)
Achat d’engrais: 67,50$ (75$ X 10%)
Salaires:   1 000,00$
Charges sociales (18%): 180,00$
Loyer:  700,00$
Électricité: 150,00$
Télécommunications: 150,00$
Assurances:    200,00$
TOTAL:   2 447,50$

Encaisse avant la marge de crédit:   852,50$
Marge de crédit:  0,00$
Encaisse à la fin:  852,50$

Ainsi, ce petit changement dans la gestion des liquidités a ajouté un peu plus de 200$ dans l’encaisse (pas en profits).

Mais attention, l’achat des plantes n’est pas un don! L’entreprise devra le payer le mois prochain; il s’agit de ne pas tout dépenser, mais d’épargner pour payer plus tard et de limiter au maximum les paiements en intérêts.

Pour conclure, le financement par les fournisseurs peut faire la différence entre devoir constamment piger dans la marge de crédit (donc risquer de payer des frais d’intérêts) ou créer soi-même un coussin de liquidité. En créant de la liquidité, il est possible que votre PME en vienne à avoir une épargne suffisamment confortable pour investir dans des placements. Ceux-ci, à leur tour, généreront des revenus d’intérêts.

Mieux vaut générer des intérêts que d’en payer, n’est-ce pas?

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