Comment reprendre une entreprise ? le processus

Commençons avec la base. Dans cet article, je veux aborder deux sujets: les formes de transmission-reprise et les étapes qui mènent à une reprise.

Les trois formes

Coopérer pour reprendre une entreprise: une stratégie gagnante
Trois formes de reprise: interne, externe et familiale

Vous avez noté que je parle de transmission-reprise d’entreprise et non de transfert. Ce dernier désigne dans le langage populaire les deux processus qui mènent à un changement de propriété et de direction. Il est insuffisamment précis.

C’est pourquoi on parle de “transmission-reprise” pour désigner le processus qui part du cédant, la transmission, et celui qui débute avec le repreneur, la reprise. Et dans les deux cas, la transmission-reprise implique nécessaire un échange de la propriété ainsi que de la direction de l’entreprise.

Il existe trois possibilités de transmission-reprise: interne, externe et familiale. Cette dernière implique un ou des membres de la famille. Un père et une mère peuvent transmettre la propriété et la direction à leur enfant ou à leurs enfants. L’important ici, c’est que l’entreprise demeure la propriété directe de la famille et qu’elle soit dirigée par un ou des membres de celle-ci.

La seconde forme, interne, concerne une reprise par les employés et les parties prenantes de l’entreprise. Par exemple, une entreprise manufacturière pourrait être reprise par quelques employés-clé, comme les directeurs. Dans ce cas, on parle d’un management buyout, ou une reprise par l’équipe de gestion. Il est également possible que tous les employés se regroupent pour acheter collectivement l’entreprise. Dans un tel cas, il est possible pour eux de convertir l’entreprise en coopérative de travail, ce qui les ferait bénéficier d’importante déduction fiscale. Dans les deux cas, il est possible également de regrouper l’équipe de gestion comme actionnaires majoritaires, et les employés dans une coopérative de travail. Dans ce cas, les salariés de l’entreprise deviennent membre de la coopérative qui achète un bloc d’actions minoritaire de la PME. Les travailleurs bénéficieraient de la même déduction d’impôt offerte dans les coopératives de travail.

Il est également possible pour des travailleurs autonomes de reprendre une entreprise conjointement avec des employés. Par exemple, une clinique de santé dans laquelle on retrouve des massothérapeutes. La plupart de ceux-ci ne sont pas employés par l’entreprise. Ils sont considérés comme des travailleurs autonomes. N’étant pas salariés, mais utilisant quand même la clinique pour offrir leurs services, ils peuvent participer à une reprise avec les employés. Dans ce cas, il serait avantageux pour eux de se regrouper dans une coopérative de solidarité. Cette coop permet d’associer des travailleurs, des entreprises et des organisations qui ont un intérêt économique, culturel ou social dans la réalisation des objets de la coopérative. Il est aussi pensable que ces parties prenantes privilégient le rachat de la PME et de la maintenir sous la forme de la compagnie. Dans un tel cas, tous les actionnaires ne seraient pas égaux en vote lors de l’assemblée des actionnaires, et ils ne pourraient pas bénéficier de la déduction fiscale.

La troisième forme, externe, implique une reprise externe, donc par une personne ou une entreprise qui n’a ni lien d”emploi, ni lien familial avec l’entreprise. Règle générale, ce genre de transmission-reprise est brusque: le cédant quitte dès la transaction complétée, ce qui n’est pas nécessairement le cas des autres formes de transmission-reprise.

Le processus

Le plus simple et complet à la fois a été élaboré par Louise Cadieux, de l’UQTR, en collaboration avec Bérengère Deschamps de l’IAE Grenoble (France). Il comprend 4 phases: la planification, la mise-en-oeuvre, la transition et la nouvelle direction.

Planification

Dans cette étape, on retrouve deux projets: celui de transmettre et celui de reprendre. En tant que repreneurs, vous devez d’abord identifier votre intérêt de reprendre ou non l’entreprise: saisissez-vous l’opportunité ou la laissez-vous aller ?  Si vous décidez d’aller de l’avant, vous avez bien des choses à décider. Sous quelle forme juridique reprenez-vous ? Compagnie ? coopérative ? Entreprise individuelle ? Chacune comporte des avantages et des inconvénients que vous devrez examiner.

Ensuite, vous devrez préparer le plan d’affaires de la reprise. Dans ce plan, vous devrez décider si vous donner ou non de nouvelles orientations à votre future entreprise. Si oui, avez-vous suffisamment ou trop d’employés ? Sont-ils assez compétents ? Vous devrez donc en même temps préparer un plan de dotation de ressources humaines ainsi que d’acquisition des compétences.  En même temps, vous devrez préparer, idéalement avec le cédant, la gestion du changement organisationnel. Il s’agit d’une clé du succès essentielle. J’aborde le sujet dans cet article.

Mise-en-oeuvre

Lors de cette phase, vous mettez en oeuvre votre plan d’affaires: vous rencontrez vos bailleurs de fonds pour acheter l’entreprise en totalité ou en partie.  Vous faites l’acquisition d’un premier bloc d’actions, ou vous achetez totalement l’entreprise. Rendu ici, vous devez commencer à implanter votre stratégie de gestion du changement. Un premier geste significatif serait de rencontrer les employés en compagnie du cédant. C’est pour vous le moment de commencer à travailler dans l’entreprise, si vous n’y étiez pas avant la transaction. Vous êtes désormais prêt à la transition.

Transition

La transaction est complétée en totalité ou en partie. Il faut maintenant penser à la reprise de la direction de l’entreprise. À moins d’avoir acheté une entreprise avec laquelle vous n’aviez ni lien d’emploi, ni familial, il n’est pas recommandé de débuter immédiatement comme dirigeant de l’entreprise. Vous entrez dans une phase de cohabitation. Vous avez beaucoup à apprendre sur l’entreprise, ses rouages, sa culture, et sur vos capacités de gestion. Le cédant doit vous servir de coach pendant un certain temps (quelques mois à quelques années, selon l’entreprise et vos besoins). Pour rassurer tout le monde, il est important qu’il demeure le dirigeant principal durant cette période. Prenez le temps de bien faire les choses; l’empressement est mauvais conseiller.

Tranquillement, vous prendrez de l’assurance et vous en viendrez progressivement à prendre davantage de décisions dans l’entreprise.  Dès lors, vous pouvez commencer à implanter votre stratégie de dotation de ressources humaines et ainsi réaliser votre plan d’affaires.

Nouvelle direction

Le cédant est prêt à quitter la direction de l’entreprise. Peut-être reste-t-il une transaction à compléter avant que vous soyez entièrement propriétaire de l’entreprise. Néanmoins, vous êtes désormais le dirigeant de l’entreprise et vous menez la barque selon ce que vous avez établi. Il est possible que l’ancien propriétaire dirigeant demeure dans l’entreprise encore quelques temps. Il peut encore être utile et vous donnez de bons conseils. Mais il ne doit plus prendre de décision.

Pour la symbolique, il ne doit plus occuper le bureau de direction; relocalisez-le ailleurs. Sinon les employés auront le réflexe de le consulter pour prendre des décisions au lieu d’aller vous voir. Je vous recommande aussi d’organiser une fête de départ de l’ancien dirigeant. Non seulement elle vous permettra de souligner officiellement votre arrivée et le départ du cédant, mais elle revêt un aspect plus humain: elle permet au cédant d’entrer gentiment dans sa période de deuil de l’entreprise.

Dans le prochain article, j’aborderai la question du plan d’affaires dans un contexte de reprise: quoi planifier ?

 

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